……

Pour replacer la citation dans son contexte :

“Ne crains rien alors”

Chaque petite phrase ouvre des abîmes de réflexion ; elle pare au doute qui pourrait s’insinuer, que si je lâche prise, je pourrais tomber vers le bas. Mais l’auteur nous assure qu’il y a un sanctuaire de l’âme, un lieu de grande intimité (qu’on l’appelle la grotte de l’âme, le Gemüt, le fond), auquel le diable n’a pas accès. Dans ce lieu, nous pouvons nous asseoir, nous poser en toute confiance, car les forces du mal ne peuvent pas nous y rejoindre – et cela tient au fait que les forces du mal prennent la forme d’objets définis, limités. Si je suis dans une démarche qui me fait aspirer à ce qui est au-delà de ces choses, le mal ne peut pas me rejoindre. On le voit, je crois, dans les longs temps de silence, comme en sesshin, par exemple. Les premiers jours, souvent, on est assailli de pensées, de tentations ; puis, si on reste là, ces choses-là demeurent peut-être car elles appartiennent à un certain réel, mais le voyage continue et on est dans des eaux calmes, l’attention n’est plus tournée vers ceci ou cela, et le diable n’a pas prise – cette dernière expression fait justement écho au lâcher-prise : le diable est du côté de la prise et, s’il n’y a plus rien à prendre, il ne peut plus agir. Plutôt que de lutter directement contre les tentations, aller au-delà dans le lâcher-prise est l’attitude juste.

C’est donc un message de liberté ; dans le Gemüt, nous sommes encore libres. Le texte précise que même un “bon ange” ne peut pas nous atteindre dans cette intimité profonde – une façon de souligner que le bien ne peut pas être produit de l’extérieur. On le voit dans le domaine de l’éducation : on peut préparer, créer de bonnes conditions, mais le mouvement du bien, personne ne peut le faire pour un autre.

On trouve cela dans toute la mystique : il y a ce sanctuaire de l’âme dont seul Dieu a l’accès, au contraire des forces du mal, les puissances du bien même ou des meilleurs maîtres – ces deux derniers, d’ailleurs, s’ils sont authentiques, ne cherchent pas à y accéder. J’ai souvent développé ce point en ce qui concerne les relations avec les enfants : ce sont les plus vulnérables, et il peut y avoir la tentation d’entrer par effraction dans le noyau de leur secret ; chez les adultes, on connaît l’exemple de personnes qui ont été victimes de ce qu’il faut appeler un viol spirituel. Or c’est à Dieu seul que nous pouvons dire : Tu me connais.

Seule l’expérience peut nous faire comprendre cela. Il y a des “voies”, des exercices, mais il y a un moment où il faut lâcher prise de toutes les voies. Le chemin est donc au-delà de tout ce qu’on peut en dire, c’est le chemin sans chemin, c’est marcher sans trace, comme on dit dans le tao ou le zen. Non seulement les autres ne peuvent pas nous suivre mais, si on se retourne, on ne sait même pas par où on est passé. C’est toujours le paradoxe : le but du chemin, c’est le chemin lui-même.

Bernard Durel

Le nuage de l’inconnaissance, p 214-216

……

……

Pour replacer la citation dans son contexte :

Ceux qui consentent à l’action des dons du Saint-Esprit, consentent non seulement à connaître leur vocation, mais aussi à faire de leur vocation une prière au service de toute l’Église et au bénéfice de toute l’humanité.

Par le don de crainte, l’Esprit Saint affermit dans la conscience de ses élus le rôle indispensable de la grâce pour les aider à persévérer sur le chemin des Béatitudes.

Par le don de piété, l’Esprit Saint ravive sans cesse la communion de tout baptisé avec le Christ et son abandon confiant en la Providence pour faire de leur vie une louange à la gloire de Dieu le Père (cf. Ph 1, 11).

Par le don de conseil, l’Esprit Saint oriente les décisions de tous les baptisés, célibataires, époux, prêtres, personnes consacrées, loin des conditionnements du monde, afin de témoigner que l’Évangile est la route de l’humanité.

Par le don de force, l’Esprit Saint les soutient dans les difficultés du quotidien, mettant en eux la persévérance dans leur vocation et leur mission au service de l’Église et de la famille.

Par le don dintelligence, l’Esprit Saint favorise en chacun une compréhension plus profonde de l’alliance entre Dieu et l’humanité.

Par le don de connaissance, l’Esprit Saint les dispose à mieux connaître le Christ, l’unique Médiateur, le véritable Époux, l’Adorateur par excellence, afin que tous soient fils dans le Fils.

Par le don de sagesse, l’Esprit Saint les amène à regarder et à aimer leur vie à la lumière de l’Évangile, en les aidant à considérer leur vocation comme un don de Dieu pour les hommes.

Ludovic Lécuru

Les 7 dons du Saint-Esprit, p 112-113

……

……

Pour replacer la citation dans son contexte :

Remettre son âme entre les mains de l’Éternel. Abandonner son destin, qui pourrait le faire d’une façon authentique avec la certitude d’un parfait engagement ? Car il faut se défier de l’usage des mots que l’on peut répéter mais qui n’atteignent que la périphérie. Dans bien des cas le cœur ne suit pas, l’intelligence profonde n’est pas concernée ; la vie n’est pas offerte en don, en offrande amoureuse. L’homme éparpillé, divisé en lui-même, reste incapable de se rassembler. Seules les lèvres peuvent prononcer une formule qui demeure extérieure, même si on se persuade l’avoir dite avec un Soi qui d’ailleurs n’a pas encore été atteint.

C’est ensuite qu’on pourra comprendre qu’on a été le jouet d’une illusion passagère. Qu’il s’agisse d’un amour humain ou divin, quelque chose a été tenu en réserve. On ne peut saisir son manque d’authenticité – plus ou moins involontaire – que dans la mesure où l’éclairement illumine les lieux d’ombre, les recoins cachés qui n’avaient pas été auparavant visités.

À cet égard rien ne peut être dit en utilisant le “je”. Il est uniquement possible d’écrire ou de parler d’une façon impersonnelle : le récit remplace le monologue. L’importance de cette réalité doit être retenue. Pour tenter de la clarifier, un exemple pourrait être présenté.

Si quelqu’un fait allusion à sa propre conversion, c’est-à-dire au passage du dehors au dedans, on l’écoutera avec attention et intérêt. L’accent est révélateur. Un son très pur résonne dans le Soi de l’auditeur si l’expérience est vraie. Qu’elle soit fausse, l’interlocuteur ne sera pas atteint, l’anecdote glissera comme l’eau sur les plumes d’un canard. La moindre suffisance camouflant une insuffisance attriste. L’inflation du “je” devient une épreuve difficile à supporter : on a envie de fuir. Autant l’authenticité bouleverse et suscite une action de grâce joyeuse, un émerveillement, autant sa contrefaçon devient éprouvante. Dans la confidence le “je” est présent, il vacille dans l’emploi du “il”. Faisant couple avec lui, il se révèle en une parfaite concomitance. Lorsque le “je” est présent, il tremble, tant il est plein d’humilité à la façon de la Vierge lors de l’Annonciation. La simplicité du cœur précède la reconnaissance qui peut se permettre de dire : “Il a fait en moi de grandes choses !” (Lc., 1, 49).

Seule une commune expérience permet de saisir les mystérieuses métamorphoses. Lorsqu’elles ont été vécues, bien qu’à des échelons dissemblables, il est possible de se reconnaître. Il n’est pas d’autres familles que celles issues d’expériences identiques ou analogues. Les familles charnelles, même spirituelles, relatives à des âmes-groupes, sont aussi lourdes, sclérosantes, qu’illusoires. Toutefois, dans le type de famille d’éternité, aucun échange n’est nécessaire, rien ne doit se dire car le récit est vain. “L’air de famille”, suivant l’expression en usage, la ressemblance réelle ne sont pas marqués sur un visage par la forme du front, du nez, du menton ou des lèvres. Ils gisent au-dedans, brillent dans les yeux, se manifestent dans le rythme et la voix et plus encore dans la densité du silence.

Il n’y a pas que le silence pour exprimer la ressemblance. Lorsque le silence se fait voix, il murmure : “Tu es mon frère, tu es ma sœur.” Le silence n’émettra aucun jugement de valeur. Il ne dira pas : “Tu es en avance sur moi, je suis en avance sur toi.” Le silence ne saurait situer, ni soi-même ni l’autre. Le refus de tout classement provient de ce qu’il ne dépend plus du temps ou de l’espace : l’éternité l’a engendré.

Tel est le terme qui départage. Le silence, fils de l’éternité, se présente ici comme un regard de connivence. Tout est présent dans le regard. Qu’on sache le déchiffrer, on comprendra que l’essentiel est dit. Le moindre mot prononcé, l’esquisse d’un sourire seraient une surcharge inutile. L’espace de l’oreille à l’oeil est déjà franchi.

Marie-Madeleine Davy

Le désert intérieur, p 174-176

……